La présence des pigeons en ville est très ancienne, néanmoins leur population connaît une croissance explosive ces dernières décennies, du fait de l’accroissement des ressources présentes en ville. Le débat concernant la régulation du pigeon urbain est animé. Pour certains, le pigeon a toute sa place dans le milieu urbain et symbolise la nature jusqu’au cœur de la ville. Pour d’autres, leur surnombre produit des nuisances et oblige à des protections continuelles de l’espace public, de sites historiques… En tout état de cause, l’alimentation opportuniste, l’omniprésence et la reproduction quasi continue des pigeons posent un défi en matière de régulation – le problème principal concernant les pigeons en ville étant leur nombre.
Aujourd’hui, la cohabitation avec l’homme suscite quelques nuisances, dont :
- Des risques sanitaires : les pigeons peuvent être porteurs de maladies, bactéries ou virus (Chlamydiaceae responsables de l’ornithose, trichomonase, salmonelles, toxoplasme), bien que la littérature scientifique conclut à des risques faibles pour la population générale, principalement limités aux personnes immunodéprimées. Les pigeons eux-mêmes ne sont par ailleurs pas plus contagieux que n’importe quel animal ;
- Des risques pour le bâti : de par leur alimentation, leurs déjections sont corrosives pour les bâtiments, et représentent par ailleurs un coût élevé de nettoyage ;
- Des nuisances sonores (roucoulements) et olfactives (fientes) ;
Depuis des décennies, les villes françaises expérimentent des méthodes contrastées : captures massives suivies d’euthanasies dans les années 1970-1980, distribution d’aliments contraceptifs, installation de pigeonniers contraceptifs… Aucune de ces approches ne s’est révélée à elle seule pleinement satisfaisante, et certaines présentent des manquements au regard du bien-être animal. Les guides élaborés par Natureparif en 2011 et par la Ville de Paris en 2016 soulignent que la clé réside dans une stratégie intégrée, tenant compte à la fois des dynamiques écologiques des populations, des représentations sociales des habitants et du cadre juridique complexe qui entoure le statut du pigeon.
Porter une attention au bien-être des pigeons
L’environnement urbain peut avoir des effets néfastes sur la santé des pigeons, en particulier à cause de la pollution et des déchets humains. Une étude du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris a révélé que plus le quartier est pollué, et plus il est densément peuplé, plus les pigeons sont estropiés.
Ces mutilations sont principalement causées par des cheveux et des fils qui s’enroulent autour des pattes des pigeons, formant un garrot qui provoque la nécrose et la chute des doigts. Contrairement aux idées reçues, ces blessures ne sont pas le résultat de maladies, mais plutôt une conséquence directe de l’activité humaine.
Il est important de noter que les pigeons estropiés ne présentent pas de danger pour l’homme. Au contraire, ils sont victimes de notre mode de vie urbain et peuvent être considérés comme des indicateurs de la pollution environnementale.
La gestion des populations urbaines de pigeons est effectivement un enjeu majeur, à la croisée de plusieurs secteurs de politiques publiques, sur lequel l’échelon local est le plus pertinent pour agir. Il s’agit de mettre en oeuvre une démarche interdisciplinaire alliant :
- Ecologie urbaine (comptages, capture-recapture, suivi sanitaire);
- Sociologie et anthropologie de la nature (perceptions, conflits d’usage);
- Droit administratif (statut et responsabilités);
- Médiation et la communication (outils pratiques pour apaiser les tensions).
Les méthodes de gestion des populations de pigeon par euthanasie peuvent souvent s’avérer trop coûteuses et inefficaces. Les populations de pigeons obéissent en effet à une dynamique d’équilibre : si la niche écologique et les ressources alimentaires demeurent disponibles, la population se régénère naturellement. Paradoxalement, les campagnes de capture et d’abattage stimulent la reproduction, puisque la réduction du nombre d’individus libère de l’espace et des ressources.
La gestion du pigeon cristallise la montée en puissance des préoccupations citoyennes pour le bien-être animal, la demande pressante des maires pour des solutions pratiques, et l’importance d’intégrer les citoyens aux politiques de gestion – la réduction du nourrissage, l’acceptation de la présence encadrée de pigeonniers et la participation aux ateliers de médiation supposant une compréhension et une adhésion collective.
Dès lors, de nombreuses villes ont déployé des méthodes de gestion alternatives non létales, plus respectueuses du bien-être de ces animaux.
Pour une cohabitation apaisée avec les pigeons :
- Une gestion efficace des déchets urbains est nécessaire; elle permet de réduire les souffrances imposées à la faune citadine ;
- En prévenant le dépôt de déchets sur la voie publique ;
- Et en entretenant les bacs à compost
- Il est également encouragé de ne pas les nourrir :
Pour plus d’informations à ce sujet, se référer à la page Régulation du nourrissage des oiseaux - Il faut prévenir le nichage et le perchage :
- Obstruer les grands volumes avec des grillages ou des filets;
- Installer des fils tendus et des picots;
- Réparer, reboucher et nettoyer les fientes.
Méthodes de gestion non-létales dédiées contre la surpopulation de pigeons
Méthodes de dispersion :
- La protection des bâtiments, afin de limiter les possibilités qu’ont les pigeons de nicher sur certains édifices, par exemple par la pose de picots, ou de coupelles de “gels anti-pigeons” répulsifs visuels par reflet des UV et par gêne olfactive.
- Répulsifs par ultrasons : Les répulsifs par ultrasons émettent des ondes sonores à haute fréquence, imperceptibles pour l’oreille humaine mais dissuasives pour les pigeons. Cette méthode non invasive permet d’éloigner les oiseaux des zones sensibles sans leur causer de dommages physiques.
Méthodes de stérilisation
- Pigeonniers contraceptifs : le pigeonnier fournit un refuge permanent aux oiseaux, ce qui permet de superviser l’établissement de la colonie afin d’empêcher la nidification non contrôlée, tenir les pigeons à l’écart des lieux de nuisances, contrôler la dimension de la colonie grâce à des méthodes de stérilisation ou de contraception. Ces méthodes de contraception offrent la possibilité de réduire le nombre de naissances en procédant à la stérilisation des oeufs, “fidéliser” les pigeons en leur fournissant de l’eau, des aliments et un milieu propice à la construction de leur nid, et veiller à un contrôle de la santé des populations pour prévenir la transmission de certaines maladies à l’Homme. Plusieurs méthodes peuvent être employées pour la stérilisation à l’intérieur du pigeonnier : la fourniture d’aliments contraceptifs, une méthode de stérilisation manuelle des œufs par piqûre.
- Graines contraceptives : la nicarbazine représente une nouvelle solution pour contrôler la population de pigeons. Ce contraceptif, présenté sous forme de grains de maïs, est spécifiquement destiné à la régulation des populations de pigeons. Cette approche innovante, qui prend davantage en compte le bien-être animal, a déjà démontré son efficacité dans plusieurs villes d’Europe. Cette substance provoque la déstabilisation de la membrane de l’œuf, ce qui entrave la croissance de l’embryon. Cela entraîne une réduction du nombre d’œufs qui sont pondus et qui éclosent. Cet effet de contraception est spécifique aux oiseaux, et pourrait donc s’appliquer à d’autres espèces. Cependant, la nicarbazine se présente sous forme de graines de maïs enrobés de la substance active, trop volumineux pour être avalés par des oiseaux plus petits.
Cadre légal
Statut du pigeon
Le cadre juridique reflète cette ambivalence. Le pigeon biset urbain est qualifié tantôt d’animal domestique, tantôt d’animal sauvage « res nullius », c’est-à-dire n’appartenant à personne. Le Code civil, le Code rural et le Code général des collectivités territoriales ne lui attribuent pas un statut unique, ce qui alimente l’incertitude. Les maires disposent, au titre de leur pouvoir de police (article L.2212-1 et L.2212-2 du Code général des collectivités territoriales) d’une compétence pour en limiter la prolifération lorsqu’elle menace la salubrité publique, mais les outils juridiques demeurent flous.
Les règlements sanitaires départementaux prévoient des interdictions de nourrir les pigeons sur la voie publique. (Article 120 pour le département de Paris)
À noter qu’en France, aucune loi n’interdit le nourrissage des animaux sauvages. Certaines préfectures peuvent toutefois prendre des arrêtés pour interdire localement de nourrir les pigeons.
Bordeaux: la fin de la gestion létale des pigeons
En octobre 2021 et suivant une consultation publique à ce sujet, un moratoire sur la capture et la mise à mort des pigeons a été instauré. Audit AERHO sur l’état réel population pigeon pour ensuite évaluer l’efficacité de la politique. Diverses méthodes : interdiction picots, coupelles firebird, pigeonnier contraceptif.
Selon AERHO, la population bordelaise de pigeons est stable depuis l’arrêt des captures, et le déplacement des colonies suivent les nourrisseurs.
AERHO a pris contact avec les nourrisseurs via l’organisation de médiations pour rappeler le cadre légal (interdiction du nourrissage sur la voie publique). L’objectif à terme de la ville de Bordeaux est de mettre en place des zones de nourrissage contrôlés, avec des graines fournies par la ville, afin que les nourrisseurs puissent poursuivre, mais de manière encadrée une activité qui est importante pour eux. Les nourrisseurs déploient une énergie pour le bien-être animal, qui pourrait, avec une démarche d’accompagnement pilotée par la municipalité, être réorientée de manière plus utile.
Aujourd’hui, la cohabitation avec les pigeons ne suscite plus d’opposition majeure parmi les Bordelais. La consultation publique a montré une large acceptation d’une gestion non-létale.

