Gestion des populations de rats en ville
Le rat des villes est un animal nocturne à tendance carnivore, qui niche dans les égouts et se nourrit des déchets des citadins. Il régule sa descendance en fonction des ressources alimentaires disponibles, il peut avoir jusqu’à 6 portées par an, de 4 à 12 ratons.
Ces animaux sont la cause d’un certain nombre de problèmes comme :
- la propagation de maladies (salmonelle, leptospirose)
- les dégâts sur les infrastructures (courts-circuits, fuites, etc.) : à New-York (USA) ils seraient responsables de 26% des ruptures de câbles électriques et 25% des incendies d’origine inconnue.
Pour limiter leur prolifération, des tests contraceptifs pour les rongeurs ont été réalisés avec succès dans le métro de New-York. En effet, toutes les grandes métropoles mondiales sont touchées par cette cohabitation forcée.
Bobby Corrigan, “rongeurologue” autoproclamé, critique l’approche traditionnelle des maires de New York concernant le problème des rats. Il affirme que considérer ces animaux comme de simples nuisibles à éliminer est une solution superficielle. Selon le Dr Corrigan, une stratégie efficace et durable doit cibler les causes profondes de la prolifération des rats. Il souligne particulièrement l’importance d’améliorer la gestion des déchets urbains, car la multitude de poubelles sur les trottoirs offre aux rongeurs un accès facile à une source abondante de nourriture.
L’utilité écosytémique des rats :
Un rat nettoie 9 kilos de déchets par an. Ce sont les meilleurs amis des éboueurs. S’ils sortent et se rendent visibles, c’est de la responsabilité humaine.
De nombreuses mesures possibles de prévention et de contrôle existent:
- Pour les services municipaux
- Améliorer la gestion des déchets (photo groupe animal en ville de Versailles pour limiter les rats)
- Mettre en place des approches “bienveillantes” et de régulation douce ;
- S’attaquer aux causes de la prolifération des rongeurs plutôt que de simplement les exterminer ;
- Envisager des méthodes alternatives à l’extermination telles que les contraceptifs pour rongeurs.
- Pour les citoyens
- Ne pas laisser de nourriture ou d’eau à l’extérieur;
- Utiliser des bacs fermés pour les poubelles;
- Éviter de jeter des déchets alimentaires dans les espaces publics, donc éviter le nourrissage de pigeons;
- Ramasser les fruits non récoltés et tailler les buissons;
- Obstruer les ouvertures et fissures dans les bâtiments
Effets du réchauffement climatique sur la prolifération des rats :
Une étude récente, publiée le 31 janvier 2025 dans Science Advances, révèle un lien surprenant entre le réchauffement climatique et l’augmentation des populations de rats dans les zones urbaines. Cette recherche, menée dans 16 villes à travers les Etats-Unis, le Canada et l’Europe, met en lumière une conséquence inattendue du réchauffement planétaire.
Facteurs clés de la prolifération :
- Températures plus élevées: environ 40% de l’augmentation globale des observations de rats est attribuée à la hausse des températures urbaines.
- Densité urbaine : les villes densément peuplées avec peu d’espaces verts offrent un environnement propice à la prolifération des rongeurs.
- Gestion des déchets : les zones urbaines où la gestion des déchets est déficiente fournissent une source abondante de nourriture pour les rats.
La prolifération des rats pose des défis significatifs.
Cadre légal
Règlement sanitaire
Article 119 du Règlement sanitaire du département : “Les propriétaires d’immeubles ou établissements privés, les directeurs d’établissements publics doivent prendre toutes mesures pour éviter l’introduction des rongeurs et tenir constamment en bon état d’entretien les dispositifs de protection ainsi mis en place. (..) Lorsque la présence de rongeurs est constatée, les personnes visées aux alinéas ci-dessus sont tenues de prendre sans délai les mesures prescrites par le Préfet de police en vue d’en assurer la destruction et l’éloignement. La même obligation s’impose lors de la démolition des immeubles ainsi que sur les chantiers de construction.”
Strasbourg
En 2020, la ville de Strasbourg a pris une décision novatrice en matière de gestion de la faune urbaine, en votant la création d’une “Mission d’Information et d’Évaluation” (MIE) dédiées à la gestion des rats et des animaux liminaires dans l’habitat urbain.
L’approche de Strasbourg témoigne d’une volonté de repenser la cohabitation entre l’Homme et ces animaux urbains, en cherchant des alternatives aux méthodes traditionnelles de contrôle des populations. Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large de gestion éthique et durable de la faune urbaine, prenant en compte à la fois les enjeux sanitaires et le bien-être animal.
L’enjeu affiché de la politique de cohabitation engagée par la Mairie de Strasbourg est de concilier les volontés des habitants et le bien-être animal. Cette Mission a réuni élus, services de la ville, techniciens, bailleurs et habitants. Le but étant de réfléchir aux raisons de la prolifération de rongeurs à Strasbourg. Suite à un diagnostic de terrain, la mission a établi que la principale raison des infestations était la gestion insatisfaisante de l’espace public partagé : jet de nourriture sur la voie publique. A suivi une mise aux normes nécessaires des logements sociaux, notamment de l’état des caves, des cages d’escalier. La municipalité a aussi commencé de remplacer les locaux poubelles par des containers enterrés dans les logements sociaux, afin d’éviter des infiltrations de rats et le débordement de déchets.
Il est sorti de cette mission que les méthodes de gestion “curatives” classiques” – en premier lieu le recours à la mort aux rats – se montrent inefficaces à la réduction réelle et à long terme de la prolifération des rongeurs. Ces méthodes sont aussi manifestement nocives pour l’environnement et les écosystèmes, la mort aux rats étant régulièrement ingérée par d’autres animaux.
Strasbourg maintient toutefois l’utilisation de ces méthodes curatives dans des situations localisées de prolifération extrême.
Des réunions de quartier sont aussi organisées régulièrement afin de sensibiliser les habitants au plus près de chez eux aux raisons de la prolifération de rats ainsi que de la marche à suivre afin de la prévenir. Un poste d’agent municipal a été créé pour animer ces réunions de quartier et poursuivre le travail qui avait été initié lors de la Mission d’Information et d’Évaluation.

